La culture agricole Ramli est également un Système Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondiale (SIPAM). Ici, on arrose par en-dessous, mais sans tuyauterie : c’est la marée qui bosse pour nous !
Mon ami Atef, un hydrologue tunisien m’a recommandé de visiter les gattayas : des surfaces fertiles sur le sable non loin de Rafraf, à plus d’une heure de Tunis.
Quatre siècles avant le nôtre, des Andalous fuyant leurs terres ont trouvés refuge à Ghar el Meh, anciennement Porto Farina. Alors que le sable était nu et la montagne rocailleuse, ils ont reverdi la région grâce à leurs savoirs agricoles.
Vingt ans auparavant, les habitants disaient que les collines revêtaient leurs sefseri à la fin de l’hiver… le voile blanc des vieilles femmes pudiques qui ne laissent paraître que leurs yeux. Mais ils ne parlaient pas de la neige, mais des fleurs d’amandiers recouvrant les terrasses andalouses aujourd’hui détruites par les sangliers et abandonnées par les nouvelles générations.
Les baklavas aux amandes de la région sont réputés, mais cette matière première est aujourd’hui importée.
Cependant, au pied de ces collines en ruine subsiste la culture Ramli. Entre mer et lagune, les premiers paysans andalous avaient remarqué l’herbe qui poussait sur le sable et en conclurent qu’il était fertile. Et voilà quatre cent ans que légumes et aromates nourrissent les locaux.
Mais avant de trop en dire, allons voir ce qu’Abed, le paysan aux séguias de Djebba voulait nous montrer en haut de ses montagnes rocheuses.










À chaque fois que je trouve un système ingénieux respectueux de la biodiversité, s’adaptant à son environnement… il est menacé par l’activité humaine contemporaine.
Depuis 2018, la culture Ramli figure sur la liste Ramsar, un traité international de 1971, qui vise à préserver les « zones humides d’importance internationale ».
Mais cette distinction ne fait pas office de protection. Et à Ghar el Melh, le mal est fait : en 1974 commence les travaux pour construire un nouveau port, car les pêcheurs ne pouvait plus accéder à la lagune et rejoindre le vieux port.
Depuis, le canal a été déplacé artificiellement hors de son terrain argileux et ne prodigue pas assez d’eau. Mais l’homme à toujours des solutions à ses problèmes : la ville installe trois conduits de 70cm de diamètre à la suite d’une manifestation de paysans… Malgré cela, leur entrée s’ensable tous les deux jours.
Prisée pour sa mer d’azur et ses vallées vertes, Ghar el Melh voit sont littoral se recouvrir de villas d’été, de scooter des mers et de déchets abandonnés autour des paillotes. À quoi bon chercher le beau si c’est pour le détruire ?
La fragilité de l’écosystème de l’agriculture Ramli rappelle combien il est important de réfléchir à l’impact de nos loisirs, de nos destinations de vacances, mais aussi à la manière dont nous construisons nos habitats. Car d’ici une dizaine d’années, il pourrait bien ne plus avoir de légumes à Ghar el Melh… seulement des algues toxiques dans la lagunes et des déchets dans la mer.
Merci pour votre lecture,
Bisou.
Néphi,


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